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Blog du Père Claude, prêtre gallican

Blog du Père Claude, prêtre gallican

Une Eglise de tradition au service des chrétiens d'aujourd'hui.

Vie spirituelle

Vie spirituelle et rythme de la vie moderne
(1955)

Evêque Jean de Saint-Denis

La vie spirituelle : deux mots qui reviennent souvent dans les livres, les conversations, chez tant d'êtres qui cherchent, aspirent, désirent, deux mots qui recouvrent bien des choses différentes, compris par chacun de nous d'une manière un peu autre.

J'en parlerai du point de vue de l'enseignement de l'Eglise. Comment définir ? Une définition, même bonne, rétrécit toujours. Je dirai donc simplement ceci : dans la liturgie, le prêtre dit : «Donne-nous de vivre, non selon la chair, mais selon l'esprit». Cela ne signifie pas que la chair est mauvaise et qu'il faut la combattre, mais que notre vie doit être axée sur l'esprit et non sur la chair, que toutes lesforces de la chair doivent être au service de l'esprit et non les forces de l'esprit au service de la chair, que les capacités extérieures doivent être centrées sur les capacités intérieures, que le visible doit servir l'invisible.

Dès que nous commençons à mettre en pratique cette simple définition, nous discernons les difficultés. L'esprit n'est pas éveillé, l'âme est endormie, les capacités de l'esprit sont en sommeil, à peine vivantes, tout les empêche de veiller et il semble que le rythme accéléré de la vie moderne soit particulièrement contraire à notre entreprise.

En effet, ce rythme rapide n'est pas bon. Un maître spirituel hindou conseillait à ses élèves de consacrer six heures par jour à la méditation. Il est évident que s'il faut disposer d'un temps pareil pour éveiller l'âme, aucun de ceux qui vivent dans le monde extérieur ne pourra y parvenir. Mais est-ce exact ? N'y a-t-il qu'un chemin possible pour l'éveil de notre esprit ? Je répondrai que le rythme de la vie moderne, en tant qu'empêchement à la vie spirituelle, est une illusion et un prétexte. L'agitation n'est pas bonne, mais le rythme au ralenti est-il meilleur ? Non, il est aussi dangereux ; ceux qui ne se pressent pas ne sont pas plus éveillés pour autant. Les oisifs qui ont des loisirs pour réfléchir sont-ils plus aptes à la vie spirituelle ? Non. Ne mettez pas notre absence de vie spirituelle sur le compte de l'existence accélérée que nous traversons, à l'image d'Adam qui transféra sa désobéissance sur le compte d'Eve, en déclarant : «C'est la femme que Tu m'as donnée qui m'a entraîné dans le péché !» (Gn 3, 13). Tout est propice à la vie spirituelle, tout dépend de notre attitude propre. Il a toujours existé de grands saints vivant dans l'action aussi bien que dans la solitude.

Si notre époque présente effectivement des difficultés, car il nous faut, malgré tout, arracher quelques bribes de temps, quelque solitude pour notre vie spirituelle, confessons aussi que nulle époque ne vit pareille floraison de cercles, de groupes, de mouvements, de prophètes vrais ou faux, de recherches habiles ou maladroites, tous aspirant à l'élévation. Ainsi constatons-nous déjà que l'accélération n'empêche pas au moins le désir de la vie spirituelle et la recherche de l'équilibre perdu. Mais comment chercher ? Beaucoup se disent : nous ne parvenons pas à éveiller notre âme, nous n'arrivons pas à prier. Quel est le chemin à prendre ?

L'Eglise a nombre de maîtres spirituels susceptibles de guider. Sans parler de l'Ecriture, de saint Paul, des douze apôtres, ces dieux - comme dit le psalmiste : «Dieu siège au milieu des dieux» (Ps 82, 1), êtres tellement sublimes que leur enseignement, nous semble-t-il, dépasse nos possibilités ordinaires, étant trop au-dessus de nous, la France, pour ne parler que de l'Occident, a des saints Irénée, Hilaire, Cassien... Chaque siècle a fourni de grands maîtres. On peut les lire. Néanmoins, certains sont trop forts pour nous, ayant écrit, la plupart du temps, pour des moines ou des anachorètes qui consacrent leur temps à la recherche de Dieu, plongés dans le silence et l'éloignement des soucis de ce monde. Nous pouvons les suivre, ici ou là, mais l'espace, entre eux et nous, est encore trop étendu.

Sans renoncer à ces guides qui sont notre ciel étoilé, nous devons rechercher une route mixte, qui tienne compte des circonstances extérieures de notre vie. Ne nous appliquons pas trop vite à imiter les saints, n'agissons pas comme des enfants naïfs, n'imitons pas Adam : car, selon les Pères, son péché fut d’avoir mangé trop tôt à l'Arbre de la Connaissance, avant d'avoir été fortifié par l'Arbre de Vie. Si vous avez en vous le désir ardent, tant mieux ! Mais avancez sans précipitation.

La vie spirituelle grandit organiquement comme une plante, un organisme vivant. N'oublions pas que Dieu est le feu qui brûle : «Celui qui est près de Moi est près du feu, celui qui est loin de Moi est loin du salut», dit une parole du Christ, rapportée par Origène. Lorsque le maître spirituel voit un moine s'élever trop vite, il le prend par les épaules et le ramène sur terre.

Ainsi, nous inspirant de l'Evangile, de l'Ecriture, nous appuyant sur les conseils des Maîtres, prenons le chemin moyen, et n'oublions pas la base : la sobriété. C'est la sobriété qui nous introduira dans le temple intérieur.

Que le Dieu miséricordieux vous guide et vous garde, à Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

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