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Blog du Père Claude, prêtre gallican

Blog du Père Claude, prêtre gallican

Une Eglise de tradition au service des chrétiens d'aujourd'hui.

Pour préparer le carême: la conversion de l'être

Pour préparer le carême: la conversion de l'être

La loi de la mort et de la résurrection

Le mot métanoïa se traduit en français par «pénitence» ; ce terme est peu adéquat, car le mot grec exprime parfaitement, au contraire, le changement de l'être, la «transformation», la nouvelle naissance.

La vraie pénitence ne consiste nullement, en effet, à s'installer dans le remords ou dans le regret d'avoir commis telle ou telle action.

L'expression et le geste liturgiques qui expriment le mieux la pénitence, sont : «Fléchissons les genoux - Levez-vous» ou : «Prosternez-vous - Levez-vous». Tel est le rythme. Quand vous êtes tombé, ne restez pas dans la contemplation de votre chute, prosternez-vous devant Dieu, et puis, relevez-vous : rythme de la mort et de la vie. Je m'élève aujourd’hui contre une fausse doctrine de la pénitence :

s'agenouiller intérieurement et ne pas se relever. Oui, il est beau de se sentir pécheur, le dernier de tous, oui, il est beau de verser des larmes de repentir, de se frapper la poitrine comme le publicain et de répéter : «Dieu, purifie-moi, pécheur !» Mais le sentiment d'un publicain ne doit pas exclure le sentiment complémentaire : ne pas douter un instant de la miséricorde divine. Ne manquons pas, après nous être humblement prosternés, de nous relever promptement en confessant l'amour de Dieu pour nous.

Ce double sentiment, humilité et certitude du pardon de Dieu, cette double confession de notre qualité de pécheur et de la miséricorde divine, est une attitude simple qui ne se complique que dans les âmes compliquées. Souvent, ce n'est qu'insouciance : «Dieu est bon, Il pardonne tout, ne nous inquiétons pas». Cette attitude ne permet pas d'avancer. Les autres, par contre, ne voient que leur indignité, il leur semble que leurs péchés sont plus forts que le pardon divin, ils ne veulent pas approcher Dieu, ils doutent de son amour, et ce doute ferme, dessèche leur âme.

Sachez que, dans cet état, les doutes sur la miséricorde de Dieu viennent du malin, ils sont illusions, tentations. La véritable vie spirituelle est comme une corde tendue entre deux opposés :

«Dieu pardonne tout», et «je ne suis pas digne de m'approcher de Lui». Fils prodigue, je courbe le front, je n'ai pas le droit de revenir, je n'ai aucun droit, et pourtant je reviens, sûr du pardon.

Simultanément, je fixe Dieu et j'incline ma tête devant Lui. Comment réaliser cet état antinomique ? S'habituer, d'abord, au rythme liturgique : «Prosternez-vous», je ne suis rien, le dernier des pécheurs... et «Levez-vous», je suis tout en Dieu. L'apôtre Paul nous enseigne : «Je suis le dernier des pécheurs, mais je suis tout en Christ» (2 Co 12, 9-10).

La liturgie chante aujourd'hui : «Je me prosterne devant ta Croix et je chante ta Résurrection» (Trait de la liturgie du 4e dimanche de Carême). Apprenons à ne pas nous fixer sur la croix seulement ; mais ne l'oublions pas non plus. Nous, orthodoxes, ne pouvons nous arrêter, ni sur l'une, ni sur l'autre attitude. Nous ne pouvons oublier, ni la Croix, ni la Résurrection. Homme, tu dois mourir à chaque instant et revivre à chaque instant. Chaque matin, en te levant, considère ton passé comme mort ; sache mourir et ressusciter. Et, particulièrement à Pâques, que tout meure en toi pour ressusciter, peines et joies réduites à néant avec ton passé, et renais en Christ à une vie nouvelle !

Deux hérésies ont toujours poursuivi l'Eglise ; détestez-les. Un enseignement prétend que l'homme n'est que poussière, rien, néant ; l'autre, oubliant la poussière que nous sommes, fait de nous des idoles. Oui, nous sommes poussière, mais nous sommes aussi dieux par la grâce et, comme l'annonce le psalmiste : «Dieu siège parmi des dieux !» (Ps 82, 1).

Lorsque cette opposition naîtra clairement en vous, lorsque les deux tendront votre corde, alors votre cœur chantera les louanges du Seigneur et vous entrerez dans la pénitence vraie. Car, si nous ne sommes que poussière, rien n'a d'importance, nous ne pouvons que constater : nous sommes ainsi, que voulez-vous ! ... Et la vie perdra tout sens.

Non ! Bien que tirés du néant, nous sommes tout en Christ et aucune parcelle n'est sans Lui. Nous devenons, tout à la fois, derniers et bien-aimés.

Devant la souffrance et les épreuves, gardez cette attitude. Dites : je suis digne de ces douleurs et non des grâces. Mais, en même temps que l'acceptation et la résignation, ayez cette prière :

«Seigneur, je suis ton œuvre, Tu es venu me chercher comme une brebis perdue, prends-moi dans ta lumière, dans ta joie». Audace et humilité, conscience que nous sommes, et poussière, et de race divine. C'est le plan de Dieu pour l'homme, cet être où les deux extrêmes se rejoignent et qui, dans le déchirement des deux, collabore avec le Seigneur, poursuivant le chemin de la transformation du monde et de son âme.

Ne vous étonnez pas des contradictions que vous rencontrerez sur votre route. Inévitablement, sur votre chemin, vous aurez conscience, tantôt de votre royauté, tantôt davantage de votre servitude, tantôt de votre liberté en l'Eglise, tantôt davantage de votre enchaînement par les passions et de votre nature déchue. Mais un jour vous découvrirez sur votre corde intérieure la note juste, ce «la» où en toute pureté résonnera le cantique au Seigneur.

Point d'évolution de l'être sans ce rythme, sans la connaissance et des moments d'écrasement et des moments de résurrection. Ceux qui poursuivront ce chemin parviendront progressivement à cet étrange, ce merveilleux état de bonheur avant le bonheur, de paradis avant le paradis, ils goûteront la vie éternelle avant la vie éternelle, ils verseront les larmes de leur indignité en étant joyeux comme des dieux et grands par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ. A Lui soit la gloire et l'honneur dans les siècles des siècles. Amen !

Evêque Jean de Saint-Denis

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